A l’origine, le carnaval est en Europe, une fête catholique précédant  le carême, période de jeûne et de privations, dans laquelle toute alimentation carnée est proscrite . Cette tradition s’entend en Espagne, au Portugal, en Italie et en France.

Le carnaval des Antilles Françaises a des racines fortement ancrées dans les traditions culturelles européennes,  mais avec des apports africains et amérindiens très marqués, notamment les fêtes de moissons, pour rappeler  les origines païennes du carnaval, fête dédiée à la fécondité et la fertilité. Les festivités débutent le dimanche suivant l’épiphanie et se terminent le Mercredi des Cendres, mais atteignent leur paroxysme lors des « jours gras ».

Les colons français  en débarquant au Nouveau Monde dès le 17 e siècle,  apportèrent avec eux leurs coutumes.  Durant le carnaval, ils donnaient des réceptions masquées et se recevaient les uns et les autres dans leurs habitations, juste avant d’affronter les rigueurs du jeûne des 40 jours de carême.

A l’origine, les  esclaves étant des biens meubles et non des personnes n’avaient pas droit à ces réjouissances carnavalesques. Néanmoins, le temps passant, ils leurs prirent le  goût d’imiter leurs maîtres, ils se reçurent dans leur quartier et développèrent un carnaval spécifique  en introduisant leur culture (chants, masques, couleurs),  leurs croyances et leurs instruments de musique : les tambours, les flûtes des mornes, les cha-cha, les ti-bois…  Tout ceci se fit avec l’accord des maîtres d’habitation qui autorisèrent leurs esclaves à constituer des cortèges et des défilés musicaux.  Ils  ne leurs étaient pas permis par les gouverneurs et ce jusqu’à l’abolition de l’esclave, de défiler  en dehors de la propriété de leur maître.

De nos jours, le carnaval (martiniquais plus particulièrement) est placé sous la royauté de  sa majesté Vaval, un mannequin géant (bwa-bwa) qui sur un camion-char est promené  dans la ville. Ce géant symbolise  une cérémonie d’honoration aux dieux des Enfers. Chaque année, Vaval est créé en fonction d’une thématique, bien souvent une vision satyrique d’un fait politique ou social.

Aux côtés de sa majesté Vaval  défilent les reines du carnaval, sans doute à mettre en rapport avec l’épouse de ces dieux infernaux.

En Martinique on court le « vidé » (liesse populaire dans laquelle on saute, on danse), alors qu’en Guadeloupe, on prend part au « déboulé » (marche rapide et cadencée)….

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LE CARNAVAL EN MARTINIQUE

Il a connu son heure de gloire à la fin du xixe siècle, quand la ville de Saint-Pierre était considérée comme le « petit Paris des Antilles » avec son célèbre théâtre, son commerce, son port. En 1902, l’éruption de la Montagne Pelée détruisit la ville de 30 000 habitants, mais la tradition du carnaval se perpétuera à Fort-de-France. C’est ainsi que les fameux « diables rouge » cités par les chroniqueurs ont essaimés dans les autres terres créoles, tout comme les « Touloulous », arrivés en Guyane avec les rescapés et émigrés martiniquais. Les festivités du « mercredi des cendres », typiquement martiniquaises se retrouvent aussi en Guadeloupe et en Guyane.

Le carnaval en Martinique est unique en son genre dans le sens où il n’est pas formaté pour le tourisme, le spectacle est aussi bien chez les carnavaliers que les spectateurs, dans un groupe ou chez un personnage seul, une grande part est aussi donnée à l’improvisation, car on peut être spectateur et décider de suivre un vidé, puis d’en choisir un autre qui nous semble plus « chaud ». C’est un carnaval totalement débridé, tout en restant traditionnel et qui rassemble toutes les classes sociales.

Il ne faut pas s’étonner de voir des obscénités dans le Carnaval martiniquais qui est ouvert à tous et qui encourage la spontanéité. Les malpropres sont des personnages incontournables des jours gras et les chansons grivoises sont légion.

Malpwops
Kokofiolos djol malélivé

Dans la catégorie obscène des makoumès on trouve les malpwops. Au départ les malpwops ne prenaient part qu’aux défilés du lundi gras. Leur présence était justifiée par les mariages burlesques. Depuis quelques années ces personnages apparaissent tout au long du carnaval et se conforment même au code des couleurs. Souvent habillés de dessous féminins agrémentés de pastiches évocateurs, ils simulent parfois l’acte sexuel. Ils se retrouvent fesses à l’air dans un string ou en mini-jupe cachant tout juste le bas ou le haut ( ?) Ils laissent presque toujours apparaître les poils et des muscles saillant. Certains se veulent revendicatifs. Ils portent sur eux une pancarte ou des photos suggestives. Ils se font porte-parole de courts jeux de mots, d’insanités, de blagues ou de pastiches de revendications sociales et politiques.

 

 

 

 

Le Carnaval ne peut se faire sans les vieilles voitures, automobiles arrangées pour la période, parfois taguées ou couvertes de photos. Sur le toit on peut y voir une baignoire, un bwabwa (personnage à l’effigie d’un homme politique ou d’une célébrité) ou des personnes. A cause d’incidents, les voitures doivent désormais être contrôlées.

Chaque année les travestis et personnages les plus traditionnels (neg gwo siwo, mariane lapofig, Caroline zié loli, Medsen lopital) ressortent dans les rues. Les personnes qui se contentent de regarder le Carnaval sont péjorativement appelés Cocofiolo par les vidéyeurs qui suivent les chars et les groupes à pieds.

Neg Gwo Siwo

Les neg gwo siwo sont des éléments subversifs du carnaval. Ils chahutent et effrayent les passants. Vêtus de simples pagnes, ils sont de la tête aux pieds de mélasse, (sirop de batterie mélangé à de la suie).Ils  sont craints du public et des carnavaliers qui craignent les salissures  laissées par le sirop sur leurs habits. Ils se sont investis d’une mission mettre de l’ordre au sein des vidés et ramener la discipline dans les rues. Le nèg gwo siwo malgré son apparence répugnante participe à redonner une dignité aux esclaves dissidents. Leur couleur fait en effet référence aux nègres marrons (nèg’ marrons). Ces esclaves échappaient à la vigilance de leurs maîtres et tentaient de retrouver une certaine liberté en gagnant dans la forêt. Le carnaval reste un lieu mythique de commémoration des actions d’éclats des combattants pour la liberté.

 

Marian Lapofig

Héritage direct de l’Afrique ancestrale, le personnage de Marian’ est traditionnel de la Martinique. Entièrement couverte de feuilles de bananes séchées, Mariann’ tournoie et fait chanter son feuillage au rythme des ti-bwa.

Caroline Zié Loli

Costume typique du carnaval Martiniquais et de sa dimension satirique, « Caroline »  serait né de l’histoire vraie d’une jeune femme peu gâtée par la nature qui aurait en dépit de cela trouvé à se marier. Malheureusment, l’homme ivrogne trouvait rarement le chemin de la maison. Caroline devait alors battre la campagne pour le retrouver et le porter sur son dos pour le ramener !

L’organisation  du carnaval en Martinique répond à un ordre bien déterminé, c’est un rituel :

Samedi  gras : c’est le jour de sortie des reines et mini-reines du carnaval, ainsi que du carnaval des enfants

Election de la mini reine Carnaval du sud de la martinique 2010

Dimanche gras : Jour de présentation de Vaval

–          Le Lundi gras :

Avant le levé du soleil, des groupes à pieds (souvent des voisins ou des amis) sillonnent les quartiers et réveillent la population, incitant les gens à les suivre en faisant des vidés en pyjama.

c’est aussi le jour des mariages burlesques, les hommes se déguisent en femme et vice versa,  et des mariages  sont célébrés sous la bienveillance de Vaval. Il faut savoir que lors des dionysies, fêtes se déroulant à la fin de l’hiver en l’honneur de Dionysos, et outre les défilés, les mascarades ayant lieu pendant ces jours de festivité, les Grecs mimaient le mariage sacré de Dionysos et de son épouse. Par ailleurs, le fait que les hommes  se travestissent en femme, nous sommes dans l’inversion des rôles, comme cela avait lieu dans le passé ou à Babylone,  les esclaves devenaient les maîtres et les maîtres les esclaves. Lors des Sacées  fête donnée en l’honneur de la déesse Anaïtis,  les Babyloniens procédaient à cette inversion de hiérarchie, allant jusqu’à nommer un condamné à mort  roi et ce pour cinq jours avant de l’exécuter.  Par ailleurs, lors des Saturnales, fête en l’honneur du dieu Saturne en ressouvenance de l’age d’or de l’humanité, les Romains procédaient à ce renversement de hiérarchie et créaient une égalité parmi les hommes.

–        Le Mardi Gras, le rouge et le noir qui prime,  les couleurs attribuées  au Diable sont portées par les « carnavaliers » qui déferlent dans les rues à l’instar des adorateurs du dieu Pan. C’est le jour où les diables rouges défilent, pourchassant les passants avec leur fourche tout en faisant résonner les grelots qui ornent leur bonnet. Les diables  cornus sont de sortis, et ils recréent  la peur panique, que la vue du dieu Pan suscitait : « Djab,la. Ka mandé an ti manmaye (le Diable réclame le sacrifice d’un enfant) »

–          Le mercredi des Cendres marque la fin du carnaval, c’est le premier jour du carême. Les couleurs sont le noir et le blanc, sa majesté Vaval est accompagnée de son cortège de pleureuses (diablesses) à son bûcher. Dans la tradition catholique, ce jour est en souvenir d’Adam  qui a été condamné à redevenir poussière après qu’il ait péché. C’est un jour d’affliction, de tristesse, de pénitence. Les premiers Chrétiens en signe de pénitence se couvraient la tête de cendre, aujourd’hui le prête se contente de dessiner une croix avec de la cendre  sur le front des fidèles en récitant un verset de la Genèse « Homme souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. »  L’imposition de cendre sur le front est « une évocation symboliquement   de la Mort ».

Le mercredi des cendres, les carnavaliers sont en noir et blanc en signe de deuil, après avoir entendu la mort de Vaval aux avis d’obsèques le matin. Les diablesses (en costume traditionnel noir et blanc, une chaussure blanche, une chaussure noire) se montrent avec leurs feuilles de corossol. Les pleureuses (hommes déguisés en épouses et maîtresses de Vaval) pleurent la mort du défunt et font parfois des parodies d’enterrement dans les rues. Vaval est incinéré à la tombée de la nuit, sur le bord de mer de Fort-de-France. Les dernières soirées de carnaval, chez les particuliers et en boîte ont lieu.

Vaval meurt ce jour à la tombée de la nuit, sur le ponton de la savane sa majesté Vaval est immolée, il emporte nos péchés avec lui au bûcher.

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LE CARNAVAL EN GUADELOUPE

Les esclaves de Guadeloupe et le carnaval

N’ayant pas trouvé les moyens pour s’émanciper, les Guadeloupéens ont commencé par donner des paroles imprégnées de patriotisme aux chants pendant le carnaval. Ils voyaient en cette fête une occasion pour dénoncer leur sort devant les maîtres dominateurs. Et comme « la fin justifie les moyens » selon un adage, les Guadeloupéens ont mis à profit le carnaval pour exhiber les symboles de l’oppression coloniale. Les ports des tenues de couleur kaki, des casques blancs coloniaux, des chainons, des fouets en donnent une idée de moquerie méprisante. Cette idée de dérision, reprise dans les années 80 par le groupe « AKIYO », a pris une ampleur telle, que le Préfet de l’époque aurait dû interpeller ce dernier pour dénoncer cette pratique qualifiée d’ « irrespectueuse ».

Le fouet de l’esclavage et de l’assujettissement , utilisé par les descendants d’esclaves,dans un phénomène d’inversion,afin d’affirmer violemment leur volonté d’être aujourd’hui, seuls maîtres de leurs vies.

Les groupes carnavalesques

Traditionnellement, les groupes carnavalesques sont classés selon leur système de musique en trois catégorie :
Les groupes à cuivre (ex.Waka).Ces groupes utilisent des instruments fabriqués de manière artisanale (exemples :caisses claires, gros tambours en plastique, conques de lambi, chachas,etc).


Les groupes à peau (ex. Akiyo, Voukoum). Ce sont des groupes traditionnels indépendants.Ils utilisent de petits tambours couverts de peau d’animal,(ex.cabri), des fouets et d’autres instruments traditionnels.


Les groupes de synthétiseurs (ex.Volcan).Ces groupes existent depuis dix ans.En plus des instruments traditionnels, ils ont recours aux instruments plus modernes (ex.synthétiseurs, basses, micros…).Par ailleurs citons les groupes :kontak, nou mèm de Pointe-Noire, mango dlo de Basse-Terre, 50/50 du carénage,etc.

Les « Mas » sont des éléments traditionnels du carnaval, symboles de désordre.

Le « mas » (masque) définit toute personne ou groupe défilant en marge du défilé officiel, dont la tenue, indissociable d’un fouet, fait souvent référence à un personnage de l’histoire ou de l’imaginaire guadeloupéen. Le mas désigne non seulement l’individu mais sa tenue toute entière, au-delà d’un éventuel masque posé sur son visage. Le corps entier peut être peint, frotté (de suie), dissimulé par des artifices vestimentaires (miroirs, cornes) ou de simples feuillages naturels, pour le rendre  méconnaissable, afin de donner vie à l’esprit incarné, au corps habité. Le mas est avant tout là pour effrayer,déranger, choquer. Il rappelle les différents ancêtres du peuple guadeloupéen, tous victimes de la colonisation :

« Mas a roukou »(masque à roucou) revient sur le génocide des Indiens Caraïbes, le « Mas a Kongo » ou « Mas a pay » (masque à paille) évoquent l’origine africaine et le « mas a glas » (masque à miroirs), l’origine indienne.

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Sources d’information :

Très bon dossier sur l’identité Guadeloupéennes à travers les masques : http://www.lameca.org/dossiers/carnaval_mulot/mulot_trace_masques.pdf

Informations sur les mas et sur Voukoum : http://www.potomitan.info/gwadloup/voukoum.php

Très bon site sur le carnaval aux antilles : http://s121758490.onlinehome.fr/edl/carnaval/carnaval.htm