Interview Eric Basset, gérant du label Aztec Musique et co-organisateur des Nuits tropicales avec le Collectifdom


Quel est le concept des nuits tropicales ?

L’idée est de faire un festival des musiques du sud sachant que ça n’existe pas. C’est paradoxal pour une ville comme Paris qui a toujours été une plaque tournante des musiques du sud… On peut considérer, dans le domaine musical, qu’il y a toujours un rapport fort entre les anciennes colonies et les anciennes métropoles Les musiques des îles anglophones passent pas Londres et tout ce qui vient de l’ancienne Afrique française passe par Paris. Et pourtant, à Paris, il n’existe aucune manifestation qui permette de donner un coup de projecteur là-dessus.

Un festival des musiques du Sud, certes… Mais là, votre programmation est surtout caribéenne… Ne manque-t-il pas une dimension africaine ?

Non, parce que nous avons fait un choix. C’est la première édition de ce festival, Nuits tropicales. Elle se fait pendant l’année des Outre-mer français, alors la programmation est essentiellement ultra-marine. Mais l’année prochaine, les Nuits tropicales ne seront pas exclusivement ultramarines.

Le festival fait une belle place à la nouvelle scène créole dont votre société de production, Aztec Musique, est l’un des artisans…

Nous voulons profiter de cet événement pour mettre en valeur ce qui est aujourd’hui en train de régénérer la musique des Antilles. On ne peut parler d’une nouvelle génération d‘artistes mais ces artistes représentent un moment dans l’histoire de la musique. Depuis l’irruption et le succès de Soft, à partir de 2005, une nouvelle voie  s’est ouverte pour des gens qui ont une pratique artistique différente de ce qui se faisait avant, avec plus d’acoustique, plus de contenu dans les textes…

Ces artistes ont fait émerger de nouveaux sons de la Caraïbe et vous, vous avez misé sur ce renouveau ?

Oui, on a joué un rôle mais ça correspond aussi à ce qu’on fait depuis 25 ans. On a toujours défendu les artistes comme Malavoi, Dédé Saint-Prix, Beethova Obas, Chris Combette… Et je trouve que, sans parler de filiation, il y a une proximité dans leur démarche musicale et celle des nouveaux artistes. Nous essayons aussi d’avoir notre propre cohérence !

Ce qui est peut-être moins cohérent, c’est de continuer à produire des disques (plus d’une dizaine par an) dans ce marché sinistré. Comment ça se passe pour Aztec musique ?

La crise a commencé depuis fin 2003. Le marché a perdu 60 ou 70 % de son potentiel. Cette crise touche la musique antillaise comme toutes les autres musiques. Aujourd’hui, les chiffres de vente qu’on fait sur les albums qu’on sort n’ont strictement rien à voir avec ce qu’on faisait il y a dix ans. C’est donc très compliqué et on est obligé de faire attention à toutes les dépenses, que ce soit en production ou en promotion. Mais nous sommes aussi volontaristes parce que, pour l’instant en tout cas, les choix qu’on a faits ne semblent pas mauvais. Les artistes que nous avons produits ont rencontré leur public sur un marché assez dramatique et ils sont plutôt classés du côté des meilleures ventes.

Dans l’Hexagone comme dans les outre-mer ?

C’est plus net aux Antilles et en Guyane qu’à Paris. Soft, Victor O, Stevy Mahy ou E. Sy Kennenga sont parmi les meilleures ventes en Martinique et en Guadeloupe. A Paris, ça se passe bien mais disons que le zouk et le zouk love habituels résistent mieux en métropole qu’aux Antilles. C’est donc vrai que nos artistes ont trouvé leur public et c’est ce qui nous permet de continuer d’exister.

Allez-vous survivre dans cette nouvelle économie numérique ?

On résiste parce que l’on pense qu’à terme les choses vont évoluer et que l’économie numérique va jouer un rôle de plus en plus important. Aujourd’hui, le numérique représente 10 à 12 % de notre chiffre ­– c’est peu et ça ne compense pas du tout les pertes du marché physique – et il n’y a pas de raison que ça ne finisse pas par représenter une part importante du marché de la musique. Ce jour-là, ceux qui auront réussi à développer des artistes et créer du catalogue, seront bien placés.

Dans cette perspective, où se situent dans votre stratégie la scène et un festival comme les Nuits tropicales ?

J’ai commencé à produire des concerts pour Malavoi en 1983, et c’est parce qu’ils n’avaient pas de producteur de disques et qu’il faut un disque pour pouvoir faire des concerts régulièrement qu’on s’y est mis. Aujourd’hui, on essaie de mener de front les deux. On n’est pas organisé pour faire des tournées pour l’instant mais les concerts à Paris, comme on en fait depuis des années, sont indispensables pour mettre en valeur les artistes qu’on produit. La scène est un passage incontournable et le Festival une vitrine de ces musiques qui permet de mettre en valeur les artistes à l’intérieur d’un événement qui dépasse le potentiel de chacun.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

Festival des Nuits tropicales, les 4, 5 et 6 mars à la Villette. Une iniytiative du Collectifdom qui en a confié la réalisation à Aztec Musique


Aztec Musique

Avant que le nom de sa société ne prenne celui d’Aztec musique, Eric Basset a dirigé les labels Blue Silver puis Déclic avec qui il a produit, notamment, Zouk machine en 1990. En 1998, il est racheté par Sony Music qui vire tout le monde au bout de 18 mois. Eric Basset remonte alors Créon Music en 1999. Il continue de produire Malavoi, Edith Lefel, Tanya Saint-Val, Jocelyne Béroard, Beethova Obas, Sonia Dersion, Ti-Vice, Ralph Thamar, Dédé St-Prix, Christiane Valejo, Chris Combette, Jane Fostin, Victor Delver… En 2006 la sortie de l’album de Soft « Kadans a péyi la » lui ouvre les portes de grands média nationaux. Créon est racheté par le groupe audiovisuel Maya (qui choisit le nom Aztec). En 2008, Eric Basset reprend la main sur son label. Depuis il a produit Ti Malo, Eric Cosaque, V-Ro, Orlane, Tabou Kombo,Goldie, James Germain, Stevy Maky, Krys, Rony Théophile ou Kennenga…

Source : http://www.fxgpariscaraibe.com/article-festival-les-nuits-tropicales-66323813.html

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