Source : http://www.mondomix.com/actualite/1087/soft-dossier-contre-culture.htm

Dans le P.M.A., le Paysage Musical Antillais, Soft est une anomalie. Avant la première écoute, le nom de la formation (« Doux » en français) laisse craindre le pire : on imagine un groupe de zouk love bling bling au bord de l’overdose sentimentale, avec clips au bord de la piscine et quincaillerie au poignet. L’écoute de leurs trois albums (« Kadans a peyi-la » en 2005, « Partout étranger » en 2007 et « Konfyans » en 2010) rassure. Certes, leur musique est douce mais elle n’est ni sirupeuse ni simpliste : un saxophone soprano y danse élégamment sur les rythmes ralentis du gwo ka guadeloupéen. Et, surtout, leurs paroles sont d’une sagesse confondante, appelant à un sursaut des Antilles sans jamais se complaire dans le rôle de la victime innocente.

Fred Deshayes, l’empêcheur de zouker en rond, à la fois chanteur du groupe et professeur de droit à Pointe-à-Pitre, répond à nos questions …

La contre-culture est elle pour vous une réalité ?

Si oui, à votre avis, quelles personnalités ou structures pourraient la représenter aujourd’hui en France?

Fred Deshayes : Dès lors que l’on a choisi de tendre vers le beau, vers le risque artistique et non vers le divertissement ordinaire où l’image compte davantage que la musique, on a déjà un pied dans la contre-culture. De plus, le positionnement des paroles est le deuxième aspect de notre démarche, l’amour est loin d’être notre thème principal. Voilà deux aspects qui fait pour nous de la contre-culture une réalité. Bien plus, sur notre « marché » largement dominé par le Zouk et la musique d’inspiration jamaïcaine, nous sommes plutôt dans le « minoritaire » en cherchant à valoriser les rythmes traditionnels sur des arrangements nouveaux.

SOFT – Mami O

Nous évoquons dans notre dossier spécial la revendication de la lenteur, la transmission des outils de communications aux minorités, l’artivisme (performances à la fois artistiques et politiques), la défense des cultures minoritaires d’ici et d’ailleurs, les coopérative de production et de diffusions culturelles, …

Vous reconnaissez-vous dans l’un de ces gestes ou l’une de ces attitudes qui peuvent ressembler à de la contre-culture ?

Fred Deshayes : Le combat pour la culture qui meurt, pour raviver celle qui chancelle, reçoit peu de soutien des diffuseurs qui le font par éclair de militantisme pour la culture ou par hasard. Ramené à la musique antillaise, c’est encore pire en France. Si vous n’êtes pas sur un rythme pop, hip hop, dance hall ou reagge, « c’est de la musique communautaire » ce qui veut simplement dire que c’est réservé aux seuls diffuseurs « communautaires ». Comme si toutes les musiques n’étaient pas « communautaires » ! Quant au message politique, paradoxalement il est plus facilement audible en Europe qu’en Outre-Mer, où les diffuseurs ne veulent surtout pas donner le sentiment de prendre à leur compte une peinture sociale qui pourrait déplaire. Au fond, les motifs de rejet sont légion mais se ramènent tous au manque d’ouverture, à la recherche du public le plus large en oubliant qu’il faut élever à la culture et non abaisser la culture à la hauteur de l’oreille qui n’entend pas.

Dans votre démarche artistique et citoyenne, vous agissez pour (en faveur de) quoi ? Et contre (en réaction à) quoi ?

Fred Deshayes : En faveur de la musique guadeloupéenne, celle qui est née chez nous avant tout. En faveur d’une prise de conscience de la nécessité de s’engager comme citoyen, comme frère, père, pour changer la vie.

Propos recueillis par François Mauger

01/02/2011